Vous avez dit « polyphonique » ? A l’époque, ce mot seul faisait rêver : vous vous rendez compte, un synthé capable de produire plusieurs notes à la fois, et jouer des accords ? Mais c’est dingue ! Il faut dire que, au milieu des années 70, cela tenait encore de la prouesse technique : multiplier les oscillateurs au sein du même appareil pour produire plusieurs ondes en même temps coûtait très cher en place et en circuits, et par voie de conséquence au porte monnaie… Ainsi le POLYMOOG (faux polyphonique fonctionnant avec le contesté « diviseur d’octave ») en a fait rêver plus d’un (y compris Rick Wakeman), mais aussi les fabuleux Korg de la série PS (de vrais polyphoniques, eux), comme le PS 3000, (demandez donc à mon ami Olivier Graal, qui en est l’heureux possesseur).
En 1982, quand nous commençons à nous équiper pour monter un groupe, le choix est difficile car nous sommes au tournant d’une époque en matière de lutherie électronique : les synthétiseurs commencent certes à se démocratiser, le numérique va bientôt émerger, mais les polyphoniques coûtent encore très cher (plus de 10 000 francs pour un Roland Juno 6), et mes moyens financiers sont maigres (comme ils peuvent l’être à 18 ans …).
Du coup, le rêve est purement et simplement abandonné, même si il s’en est fallu de peu pour que j’acquière un SK20 de Yamaha (je regrette encore aujourd’hui de ne pas l’avoir fait).
Les claviers Polyphoniques
Crumar BIT One
Le réchauffeur de DX
Devant les difficultés rencontrées à essayer de faire sonner le DX21, je me résous bientôt à lui adjoindre un petit compagnon sous la forme d’un expandeur analogique programmable avec ce sympathique synthé italien, version expandeur du BIT 99, pour la coquette somme de 6 800 Franc de 1988 (tout de même !). Il s’agit d’un synthé analogique 6 voies avec une personnalité sympathique.
Et c’est vrai qu’il réussissait bien, le bougre, dans sa mission de réchauffer le maigrelet DX 21. Son défaut : des commandes digitales bien chiantes, et une tendance pour la pile de sauvegarde à perdre les données … Utilisé dans Sarabandes, mais pas dans La Source (quelle erreur !).
Les claviers Polyphoniques
Korg Symphonic Piano 80s
Pauvre en piano, mais riche en cordes
Thierry en grande tenue avec le
sp 80s
Porté par des ambitions Jazz mal assumées, je me mets en quête d’un instrument à grand clavier pouvant émuler un piano, et je choisi en 1984 le Korg Symphonic Piano 80S avec de plus de 6 octaves.
Grave erreur ! A l’époque, peu de claviers peuvent reproduire correctement un son de piano, et celui du SP est particulièrement mauvais. Qu’importe, il possède également de superbes cordes qu’on peut mélanger aux sonorités de piano.
Mais ce n’était pas vraiment l’objectif recherché, et je me retrouve avec un instrument hybride qui m’a coûté très cher (deux mois de job d’été). Revendu un an après … Utilisé (un peu) sur Envol Triangles …
Les claviers Polyphoniques
Roland D550
Le grand Bleu?
Pour mettre fin au règne du DX7 Yamaha, les concurrents de chez Roland produisent le célèbre D50 à synthèse linéaire, qui a marqué toute une génération, comme en témoigne son utilisation dans le (très mauvais) film Le grand bleu.
Et c’est vrai que le D50 possède une réelle personnalité, dont la principale caractéristique réside dans un mélange de chaleur et de précision sonore. Les ingénieurs de chez Roland ont compris qu’il était temps de retrouver le charme de la synthèse analogique et malgré sa conception entièrement numérique, le D50, par son association de 4 formes d’ondes (qui peuvent être soit des échantillons, soit des ondes de type analogique), produit un son extrêmement dynamique et riche.
Le D550 est la version expandeur du D50. Avec le recul, ses sons peuvent paraître datés, mais il m’est toujours très utile au studio quand j’ai besoin de rajouter sur certains passages une « couche de vernis « . En effet, il dégage une sorte d’aura particulière très fine et nettement perceptible dans le mixage. Le D50 a été très utilisé sur Sarabandes, auquel on reproche parfois des sons de claviers trop digitaux. Je trouve au contraire que le mélange des synthés numériques de l’époque avec des analogiques comme le Sigma ou le Bit one, est plutôt réussi … mais allez donc contenter tout le monde !
Les claviers Polyphoniques
Sequential Circuit Prophet VS
sur scène avec Philippe Cauvin et le Prophet
Après le succès des Prophet 8 et Prophet 600, les américains de Sequential Circuit fabriquent en 1985 ce monstrueux synthé à base de synthèse vectorielle.
Sans rentrer dans les détails, il s’agit de combiner 4 formes d’ondes numérisées dans le cadre d’une évolution dans le temps pilotée par un joystick programmable. C’est du costaud, autant au niveau du son que du châssis, lequel est élégant et en bonne ferraille !
Acheté d’occasion, il m’a longtemps suivi, et possède un grain très riche qui mêle la chaleur de l’analogique, avec la précision et la finesse du monde digital. Pour cause de manque de place, et ayant fait le choix de me recentrer sur l’orgue plutôt que d’accumuler des synthés, je m’en suis séparé en 94 (mais je sais où il habite !). Il est toujours très recherché et très bien côté … Utilisé sur Sarabandes.
Les claviers Polyphoniques
Yamaha DX-21
Le pauvre enfant des années 80
Le Yamaha DX-21
Contaminé moi aussi, à force de rabâchage, par le discours ambiant de la 1ère moitié des sinistres années 80, je prends ma carte au parti majoritaire de la révolution DX menée par Yamaha… Mais voilà, comme je n’ai pas les moyens de m’offrir un DX7, j’opte en 1986 pour l’enfant pauvre, le DX21.
Possédant deux générateurs (mais moins d’algorithmes), je me dis que si je me donne du mal sur la programmation, je vais faire des merveilles. Hélas ! Que d’heures j’ai passées à essayer en vain de trouver de la chaleur sur ce synthé … Peine perdue, le son reste « plastique » et pauvre, malgré tous mes efforts. Résultat : des enregistrements tristes, comme sur « Les Saisons Marines », ou sur les innombrables maquettes réalisées à l’époque … Comme quoi, « l’air du temps » peut s’avérer parfois bien néfaste.